Le regard porté
par nos sociétés sur les réalités du
vieillissement et du grand âge véhicule depuis plusieurs
décennies son cortège d’images dégradées
reflets d’une collectivité qui ne veut plus vieillir.
Pourtant, le phénomène
inédit de vieillissement de la population(1)
ne correspond pas forcément au Tsunami auquel certaines personnalités
ont bien voulu le comparer. Car fort heureusement la probabilité
de perdre son autonomie n’intervient significativement qu’à
un âge beaucoup plus élevé. Pour s’en
convaincre, il suffit de considérer que l’âge
moyen d’entrée en maison de retraite ne cesse de croître
au point d’avoisiner aujourd’hui les 85 ans. Et encore
à cet âge ce ne sont pas plus de 25 % des personnes
qui vivent en établissement d’hébergement. Les
plus autonomes vivent le plus souvent seuls, à leur domicile,
ou en couple ou chez un descendant.
Un tel nombre de personnes, quel que soit leur état de santé,
ne peut être durablement marginalisé sans risquer de
compromettre la cohésion de la collectivité toute
entière. D’ailleurs la plupart d’entre elles
revendiquent de rester en lien avec leur entourage qu’il soit
familial ou social et en contact avec les autres générations.
Ce lien s’incarne le plus souvent dans une solidarité
active qui implique le plus souvent la famille lorsque la fragilité
s’installe mais peut également concerner les voisins
et amis. Une étude de mai 2000 avait révélé
que l’entourage intervient 7 fois sur 10 quant les personnes
présentent une dépendance forte. À 80 % les
aidants sont les enfants mais dans 11 % des cas il s’agit
des voisins et amis.
Ces chiffres nous rappellent
que les solidarités de proximité sont encore très
vives lorsque le besoin d’assistance se révèle.
Pour les autres, ceux qui n’ont pas besoin d’être
aidés dans les gestes de la vie quotidienne l’important
c’est de continuer à vivre, à être actif
bien inséré dans sa communauté de base qui
va de la famille à la commune en passant par le quartier,
son cercle d’amis. Ce sont aujourd’hui les retraités
qui font vivre les territoires en s’impliquant dans les solidarités
de proximité : n’oublions pas qu’ils constituent
le premier mode de garde de la petite enfance, le gisement le plus
productif de militants associatifs et d’aidants familiaux,
un levier économique puissant pour le
maintien des commerces et des services dans les territoires.
Les vieux ne sont pas le fardeau que l’on dépeint trop
souvent, ils ne sont pas la cause exclusive des déficits
abyssaux des comptes de la protection sociale, ils sont aussi porteurs
de richesses prêtes à être transmises aux autres
sous forme d’engagement, de présence, de convivialité.
La Semaine Bleue doit
être l’occasion de renforcer et de valoriser toutes
ces contributions qu’apportent les personnes âgées
à la qualité du tissu social au sein de nos villes
et de nos territoires.
(1) Notre pays
compte aujourd’hui 12,7 M de personnes âgées
de 65 ans et plus et elles devraient être, selon les projections
de l’INSEE, 23 M en 2025, passant ainsi de 1/5 à 1/3
de la population.
Intervention
sur le thème 2010-2011 par Michel billé, Président
de l’UNIORPA, sociologue.