Le débat actuel autour
de la question des retraites nous invite à parler de la
vieillesse et du vieillir. Il est beaucoup question d’argent,
d’économie, de solidarité envers les plus
vulnérables. Des questions essentielles, qui témoignent
d’une réelle prise de conscience. Mais le fond du
problème n’est pas vraiment posé. Vieillir
fait peur. Et cette peur n’est pas seulement matérielle.
Il ne s’agit pas seulement de la crainte de ne pas avoir
les moyens de jouir de sa retraite, d’être acculé
par la maladie et la dépendance à vivre à
l’écart des siens et loin de chez soi. Il s’agit
d’un mal-être qui a sa racine ailleurs. Dans l’interrogation
inquiète sur le sens des années qui restent à
vivre, et qui rapprochent de la mort. Interrogation spirituelle
qui se cache derrière la peur de ne plus être utile,
aimable ou désirable, de ne plus avoir sa place dans le
monde, d’être un poids pour la société.
Des voix se sont élevées
récemment pour dénoncer cette exclusion dramatique
des personnes âgées dans un monde « jeuniste
», pour rappeler que la vieillesse est une ouverture et
non pas une fermeture, qu’elle est une chance et non pas
un fardeau pour la société. Elles disent l’urgence
de changer notre regard sur ce temps de la vie, en lui accordant
sa valeur propre.
La vieillesse n’est pas seulement un déclin. Elle
n’est pas seulement le signe avantcoureur du tragique et
du néant avant la mort. Pour ceux qui refusent de vieillir
et s’accrochent désespérément à
leur jeunesse, vieillir peut être vécu comme un naufrage,
mais pour d’autres, qui savent se transformer avec l’âge,
mûrir, s’alléger, et se détacher, la
vieillesse n’est pas un effondrement. On se souvient de
la manière dont Paul Ricoeur en parlait. Face aux deux
fléaux qui la menacent, la tristesse et l’ennui,
il proposait une stratégie : être attentif et ouvert
à tout ce qui arrive de nouveau. Rester capable de ce que
Descartes appelait l’admiration.C’est-à-dire
rester jeune de coeur et d’esprit.